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Dario Fo : La Maman Bohème suivi de Médée

mercredi 30 mars 2011

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  • Ce n’est pas la génialité des textes, ni le talent d’Ascaride ou la créativité de Didier Bezace, qui toute seule suffirait à créer un si beau spectacle : ce que l’on voit au Théâtre de la Commune est le partage d’une passion de la part d’une équipe de très grands artistes qui sont heureux de travailler ensemble.

    Ariane Ascaride nous raconte son admiration pour Dario Fo et Franca Rame, rencontrés, il y a longtemps, au Conservatoire : ils étaient capables de récréer un univers sans besoin de rien. À cette époque ils allaient jouer leurs pièces dans les usines et ils étaient capables de faire apparaître un monde en plein milieu des machines. Elle était fascinée par leur capacité théâtrale, mais surtout par leur courage, par leur envie de changer les choses, et c’est pour cela qu’aujourd’hui elle croit nécessaire de monter des spectacles pareils : « parce qu’il reste encore beaucoup à faire ». C’est Didier Bezace qui lui a proposé les textes, il pense que, au train où vont les choses, on aura encore longtemps besoin de ce genre de textes.

    Il a donc choisi deux textes parmi les Vingt-cinq monologues pour femme traduits en français par Valeria Tasca et recueillis dans Récits pour femme. La maman bohème a un titre original qui n’est peut-être pas traduisible : il s’agit de La mamma fricchettona, où l’on utilise un adjectif rentré dans la langue italienne seulement en 1977 (formé sur l’anglais freak) qui a encore une valeur assez novatrice. C’est l’histoire d’une femme qui se déguise en hippie pour chercher son fils et qui finalement décide de rester dans la communauté plutôt que de rentrer chez elle. Elle cherche un aide dans une église où elle trouve un prêtre qui n’hésitera pas à la consigner aux gendarmes (final modifié dans la forme mais pas dans la substance par Bezace qui voit le prêtre enfermer la pauvre femme dans sa propre cuisine). Le deuxième texte est Médée, que Dario Fo et Franca Rame ont récrit de manière comique.

    Bezace et Ascaride ont su valoriser ces textes avec un jeu explosif : un grand nombre d’inventions caractérisent cette mise en scène qui nous laisse sans souffle : la ligne comique des auteurs est amplifiée par les actions inventées. Si la pièce présente déjà une structure et des répliques comiques, à la Commune on est encore plus frappé par ce que fait la grande comédienne. D’abord elle commence à tricoter alors qu’elle est en train de se confesser, mais dans Médée elle dépasse toute imagination. En racontant l’histoire de l’héroïne d’Euripide, Ascaride prépare le dîner pour Jason avec du déboucheur liquide et d’autres détergents ; elle coupe la tête à ses enfants, représentés par deux poulets, qu’elle brûle dans son four. Son jeu est précis et déterminé, seule sur le plateau elle nous fait imaginer à la fois le prêtre, dans la Maman bohême, et ses propres fils dans Médée. Le modèle donné par Dario Fo et Franca Rame a bien été suivi.

    On entend des mots violents et vivants, on voit la volonté de changer des choses, on sent le partage d’une utopie. C’est un spectacle qui nous pousse à nous poser des questions et à s’engager socialement, tout en nous amusant. On ne peut que se réjouir qu’une vitalité pareille puisse encore se trouver au théâtre et on espère que ces messages - sociaux et artistiques - pourront être suivis.

    11/11/2006 - http://www.lesouffleur.net/spip.php...

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